
La littérature japonaise contemporaine est décidément très à la mode dans notre société occidentale non pas parce qu’elle nous est exotique mais parce qu’elle véhicule des sentiments paradoxaux qui nous sont indispensables vu nos styles de vie. Elle peut nous interpeller dans le mouvement littéraire qui a suivi l’atrocité de la fin de la seconde guerre mondiale à Hiroshima et Nagasaki tout comme dans la littérature de la fin du 20e siècle qui nous montre notre société décadente telle qu’elle est ici et un peu partout dans le monde.
Les jeunes japonais (écrivains et autres) ont actuellement une fâcheuse tendance à copier la société occidentale en général et américaine en particulier. Certains écrivains nippons (tel Ryu MURAKAMI) craignent que la culture japonaise disparaisse de ce fait mais nous, européens, voyons que même si les jeunes japonais se teintent les cheveux, vont voir des matchs de base-ball ou jouent dans des groupes de rock complètement déjantés, ils suivent toujours avec intérêt la floraison de leurs cerisiers et les jeunes filles n’hésitent pas à revêtir la tenue traditionnelle pour certaines cérémonies.
Ce doit être ça qui fascine tant les occidentaux et qu’ils retrouvent dans les romans japonais. C’est cette faculté de courir vers la jouissance et les extrêmes et en même temps de s’asseoir au bord de la mer en fixant l’horizon sans trop se poser de questions. Tout comme dans des villes comme Tokyo, vous vous retrouvez dans une cohue totale pendant une demi-heure et en faisant quelques mètres vous pouvez vous retrouver dans un jardin calme et paisible entre des amoureux ou des petits vieux qui attendent tranquillement le coucher du soleil.
Ce qui plaît le plus dans les romans japonais c’est surtout que ceux qui les écrivent ne s’embarrassent pas de vocables compliqués et de formules alambiquées pour nous faire croire la plupart du temps que leur récit est de haut vol. La simplicité et le fait d’aller droit au but est sans aucun doute le trait de caractère absolu de la littérature nippone. Même si dans certains romans de MURAKAMI Haruki, le fond de l’histoire est très souvent métaphysique, l’auteur reste dans une admirable simplicité qui fait tout le charme de ses œuvres. Combien de livres occidentaux (comme ceux de Dantec) deviennent complètement indigestes de par l’utilisation voulue et téléphonée d’un vocabulaire pompeux et d’une structure résolument opaque.
Pour nous rendre fidèlement cet univers de beauté lyrique et de simplicité littéraire, la traduction doit absolument tenir compte de cette volonté japonaise de ne pas s’encombrer de bagages superflus (ou serait-ce complètement involontaire de leur part ?) et d’oublier ce qui alourdit notre littérature contemporaine occidentale. Pour ce, il faut être excessivement vigilant, et c’est tout à fait le cas des éditions Actes Sud qui non seulement nous proposent des livres déjà très beaux en ce qui concerne le papier, la typographie et la jaquette mais en plus s’évertuent à toujours choisir les meilleurs traducteurs. Juste un petit coup d’œil sur leur catalogue : Lettres japonaises (choisissez la langue dans la recherche avancée) et on est certain de ne pas se tromper au niveau de la qualité littéraire.
Les grands auteurs d’aujourd’hui sont l’incontournable MURAKAMI Haruki que beaucoup de personnes pressentent pour un prochain Nobel ; MURAKAMI Ryu, ex-leader d’un groupe de rock ; TSUJI Hitonari qui ne cesse de se retourner tristement sur la catastrophe nucléaire de 1945 ; MACHIDA Ko qui, lui, se plonge dans un univers hallucinogène d’une débauche bien nippone ; sans oublier la géniale OGAWA Yoko qui nous envoie de tendres et poétiques histoires…





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